En accord avec le mot d’ordre de grève lancé par le Barreau, la corporation dans sa majorité a boycotté les tribunaux. Dans un entretien accordé à notre rédaction, Me Sother Menkem évoque la tenue d’une assise demain 2 décembre par l’instance en charge de la défense des intérêts de cette profession.

Par Florentin Ndatewouo

Le regard que projette cette dame lorsqu’elle franchit l’une des entrées annexes du palais de Justice de Yaoundé Centre-administratif interpelle la sensibilité. Tant ses yeux brillants peinent à contenir les larmes qui s’empressent de jaillir. A pas lents, elle se dirige ce 30 novembre vers le parquet. L’incarcération de son fils depuis peu justifie sa présence en ces lieux. Durant son cheminement, elle rencontre un inconnu. A la suite d’une conversation au sujet des tracasseries auxquelles elle est confrontée, elle obtient de son interlocuteur le contact d’un Avocat. A travers un contact téléphonique, ce dernier, en dépit du mot d’ordre de grève lancé par le Barreau du Cameroun, va dans un premier temps lui offrir gratuitement son assistance : ” Il m’a demandé de me rendre dans un commissariat pour donner le numéro de ce gendarme escroc afin que l’on retrace son téléphone pour l’interpeller. Je vais le rappeler ensuite pour qu’il m’indique la conduite à tenir”, fait-t-elle savoir à la suite de cette première conversion avec ce disciple de thémis. Cette dame qui a requis l’anonymat dit être victime d’une arnaque. Ainsi, suite à l’incarcération de son fils, celle-ci entreprend rencontrer le Procureur de la République. Ceci, à l’effet de s’enquérir de la situation, et prendre connaissance des modalités de procédure. Arrivée au parquet, un individu se présente à elle comme gendarme en service. Après lui avoir fait part du motif de sa présence, son interlocuteur lui demande de payer pour le compte du greffe une somme de 25 000 Fcfa. En contrepartie de quel service rendu ? Elle ne saurait le dire. Cependant, muée par le désir de retrouver son fils dans les brefs délais, elle se plie à cette exigence. Ce qui va davantage aiguiser l’appétit de celui qui se présente en bon samaritain. Ce dernier, d’après ses dires lui demande en plus, le montant de 75000 Fcfa “pour implorer la clémence du procureur de la République”, et par voie de conséquence orienter sa décision en faveur de “la libération de mon fils”. Une fois de plus, la dame va satisfaire à la demande. Et pourtant, de retour à son domicile au quartier Obili à Yaoundé aux environs de minuit, elle ne verra le procureur, encore moins son fils. L’argent qu’elle dit avoir emprunté dans les réunions s’envole ainsi en fumée.

Des détenus en partance du Palais de Justice pour la prison centrale de Kondengui à Yaoundé/25/10/2020.

A l’instar de cette dame, nombre d’usagers présents au Palais de justice de Yaoundé ont dû se contenter du conseil à distance de leurs avocats. Pour cause, la présence des avocats dans les tribunaux n’est pas la chose la mieux partagée. Au Tribunal criminel spécial (Tcs), le rôle de l’audience publique du 30 novembre affiche l’affaire Ministère public, État du Cameroun ( Ministère des Finances), Sodecoton, contre Moustapha Tiguele, accusé des faits de détournement de biens publics (Dbp). A l’intérieur de la salle, journalistes, avocat stagiaire, greffiers, forces du maintien de l’ordre se rongent les freins.

Au Tribunal de grande instance (Tgi), l’ambiance est la même. Une dizaine de détenus extraits de la prison centrale de Kondengui son assis en salle d’audience. Les bras menottés, ils attendent désespérément la tenue de leurs procès. L’estrade de salle où siègent habituellement la collégialité est vide. Des gendarmes sont près des détenus et assurent leur garde.

A l’opposé, l’une des salles du Tribunal de première instance (Tpi) est comble de monde. L’assistance attend le début d’une audience. Les avocats de la partie défenderesse sont présents, tandis que ceux de la partie civile joue aux abonnés absents. Les membres de la collégialité sont identifiés depuis l’estrade. Le procureur de la République, les greffiers sont assis derrière une pile de dossiers. Ainsi, le mot d’ordre de grève lancé par l’Orde national des Avocats inscrits au Barreau du Cameroun a rencontré l’assentiment de la corporation dans son ensemble.

Réaction de Me Sother Menkem, au sujet de mot d’ordre de grève.