Arrêtés, puis détenus à la prison centrale de Kondengui depuis le 21 septembre dernier, le trésorier national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun et la porte-parole de Maurice Kamto ont répondu présent . En marge de l’audience de ce 22 décembre, ils racontent leur quotidien dans leur milieu carcéral.

Par Florentin Ndatewouo

D’un geste de la main, il répond fièrement aux salutations de ses nombreux visiteurs. Arborant fièrement son T-shirt bleu sur lequel on peut lire sans gêne “Où sont les 32 PV (procès verbaux ndlr) signés”, le professeur Alain Fogue est présent ce 22 décembre au Palais de justice de Yaoundé Centre-administratif. A la salle 3 de la Cour d’appel, il échange avec quelques visiteurs. Lesquels ne manquent pas de lui apporter leur soutien. Le choix du port du fameux T-shirt bleu par le trésorier national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) est porteur de sens :” lorsque quelqu’un décède dans nos coutumes, on ne procède pas directement à son enterrement sans savoir au préalable de quoi est-ce qu’il est mort. Je meurs pour les élections du 7 octobre 2018.” Sur cette question, Alain Fogue n’a pas changé d’avis.” J’ai dit que monsieur Biya a volé les élections. Je l’ai dit à Martin Mbarga Nguele, le délégué général à la sûreté nationale (Dgsn)”. Le trésorier national du Mrc n’entend pas plier l’échine :” Même si on venait à me mettre le couteau au coup, je ne me lasserais jamais de dire qu’il a volé les élections présidentielles”, martèle-t-il en passant la main droit au cou pour reproduire le geste à l’effet d’illustrer davantage son propos.

” En prison, je lis les travaux des étudiants, je corrige, je mentionne des observations et je les renvoie. J’échange avec eux par écrit.”

L’enseignant en relations internationales option défense dit n’avoir pas cessé d’exercer son métier. Ceci, en dépit de son statut de détenu provisoire à la prison centrale de Kondengui :” Je suis détenu pour les faits qui n’ont rien à voir avec mon métier d’enseignant. Je ne saurai donc bloquer l’avenir des étudiants qui n’y sont pour rien.” Comment se fait le travail au quotidien ? ” En prison, je lis les travaux des étudiants, je corrige, je mentionne des observations et je les renvoie. J’échange avec eux par écrit.”

Pour l’auteur de l’ouvrage Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire, “la prison en soi n’est pas un problème, mais, plutôt le motif.” Celui qui avait déjà passé 9 mois de détention en compagnie de Maurice Kamto et à la suite des “marches blanches” du 26 janvier 2019 se définit comme “un ancien du ngatta (prison ndlr)”, à qui la prison ne fait pas peur. “S’il arrivait à monsieur Biya de se retrouver dans la même situation que moi, je serais fière de l’accueillir. Je lui demanderais de ne pas s’inquiéter. Je lui dirais d’avoir pour seul maître la discipline. Je lui indiquerais aussi la conduite à tenir en tant qu’ancien détenu,” affirme-t-il en toute sérénité. 

” Depuis que je suis en prison, je me suis assigné la mission de cultiver davantage le champ moral que je ne cesse de partager avec les autres. C’est le lieu par excellence où je devrais être,”

Une attitude qui ne semble pas avoir quitté Olivier Bibou Nissack. Le pas alerte, le sourire illumine son visage lorsqu’il échange les accolades avec ses proches. 

 

Vêtu d’un costume gris, chemise blanche, le porte-parole, non moins conseiller de Maurice Kamto s’entretient brièvement avec l’un de ses avocats, Me Sother Menkem. Ensuite, il s’enquiert des nouvelles auprès des membres de sa famille venus lui porter assistance.Il confie les conditions de son séjour en prison :” Depuis que je suis en prison, je me suis assigné la mission de cultiver davantage le champ moral que je ne cesse de partager avec les autres. C’est le lieu par excellence où je devrais être,”fait-t-il savoir quelques minutes avant son passage devant la barre, dans le cadre de l’audience d’Habeas corpus. Après son audition, Olivier Bibou Nissack se rend à l’extérieur :” Nous allons bientôt rentrer dans ce joli camion payé par l’argent du contribuable camerounais”, déclare-t-il en pointant le véhicule de la prison centrale de Kondengui du doigt. Le professeur Alain Fogue et lui, suivis des autres détenus se dirigent ensuite vers le véhicule. A bord du véhicule, les militants du Mrc entonnent: ” Atanga Nji Power yéyé power, Atanga Nji power Nji Power yéyé power, Kamto Power super Power, Kamto Power super Power. Kamto, président ! Kamto, président !” Après l’embarquement des détenus, la camionnette retourne à la prison centrale de Kondengui où le séjour des prévenus devra se prolonger jusqu’au 29 décembre, date de la prochaine audience.