Par Florentin Ndatewouo


L’avocat : le protocole CRTV-direction des Impôts a-t-il été conclu avant ou pendant votre mandat à la CRTV ?


L’accusé Amadou Vamoulke :
Il a été conclu bien avant.

L’avocat : Au moment du paiement de la somme de 594 millions 998 mille 258 Fcfa qui fait la coaction entre monsieur Abah Abah et vous, est-ce que l’une des parties signataires dudit contrat l’avait dénoncé ?
Amadou Vamoulke : A ma connaissance non.

L’avocat : l’ordonnance de renvoi indique que la somme sus-indiquée a été virée dans un compte privé. A votre souvenance qui était au moment du virement titulaire dudit compte ?
Amadou Vamoulke:
Je me réfère à la réponse donnée par Madame Akoumba organisatrice si l’on peut dire du premier virement dans le compte. Elle a répondu à la question de savoir quand est-ce que vous avez commencé les virements, elle a dit:” dès le mois qui a suivi la lettre reçue à la CRTV écrite par le chef de la division des grandes entreprises indiquant à la CRTV le numéro du compte dans lequel des sommes convenues devraient être virées. Qui est le signataire ne nous intéressait pas. Si un créancier demande à son débiteur de lui virer le montant entendu dans un compte donné, il n’appartient pas au débiteur de chercher à savoir ce qu’il adviendra de cet argent.

L’avocat : Des 594 millions, combien avez-vous soit retenu, soit obtenu ?
Votre question est binaire. J’aurais souhaité qu’elle soit ternaire. Ni le verbe obtenu, ni le verbe retenu ne rend compte de la situation. Je n’ai rien obtenu, je n’ai rien retenu, sous entendu à titre personnel.

L’avocat : En lisant l’ordonnance de renvoi sur les imputations personnel à vous faites, il vous est reproché, ” le paiement indu de la somme de 16 millions 810 Fcfa. Expliquez ceci au tribunal?

Amadou Vamoulke:
Avant d’y répondre monsieur le président tribunal, j’apprécierais fortement que votre collégialité ait constamment conçu ce que peut signifier succéder à monsieur Gervais Mendoze qui est resté à la tête de la CRTV pendant 17 ans et demie. Période pendant laquelle il gérait sur du verrou. Je voudrais dire par-là qu’il n’a jamais eu de contrôle. J’en ai eu 17. C’est comme si pour être sûr d’abattre un gibier, on donnait une arme à feu avec un chargeur rempli de munitions afin de s’assurer qu’il ne s’échappera pas. C’est un contexte où, vous êtes convoqué certaines semaines à la gendarmerie pour savoir pourquoi vous avez fait ceci ? Pourquoi vous avez engagé une chasse aux sorcières ? Pourquoi vous pourchassé les personnes de tel endroit ? Les collaborateurs vont voir le ministre pour lui demander ce qui ne va pas. On nous interpelle.
Un certain nombre de confrères de la Crtv me demande respectueusement si je peux les autoriser à aller rencontrer le ministre pour parler du budget. Autorisation accordé. Le ministre avait en main le budget de la Crtv. Il dit, je veux que tes collaborateurs soient à l’aise. J’ai vu que dans le budget, il y a des rubriques où on peut prélever de l’argent et améliorer les conditions de travail de vos collaborateurs. Je lui réponds : ça fait 150 millions. Le budget ayant déjà été voté, on ne peut pas le tronquer comme il le souhaite. Mais les avantages demandés si ils sont accordés auraient un effet domino. Cette somme de 16 millions qui à mon avis traduit le souci des déniers de l’entreprise que j’avais.

L’avocat: Étiez-vous soumis à l’obligation d’exécution des résolutions du conseil d’administration?
Amadou Vamoulke
: Oui


L’avocat : Sur les 16 millions, combien avez-vous obtenu et ou retenu ?
Il existe un état des bénéficiaires de cette somme et je n’en fait pas partie. Ceux qui ont obtenu cette somme sont tranquilles.
L’avocat: L’ordonnance de renvoi en page 4 vous impute le paiement indu de complément de salaire aux personnels du Minfi nommés à la CRTV. Qu’en dites vous ?

Amadou Vamoulke, ex-directeur général de la CAMEROON RADIO TÉLÉVISION, entendu au Tribunal criminel spécial de Yaoundé/13/11/2020.

Amadou Vamoulke :
La CRTV a payé un complément de salaire au comptable matière envoyé par le ministère des Finances. Je dois dire que la situation du comptable matière n’était pas différente de celle des journalistes, qui étaient originellement des fonctionnaires et qui avec la création de la Ctv puis de la Crtv, ont pensé qu’ils pouvaient prétendre à une meilleure rémunération, conformement à la classification des entreprises en secteur primaire secondaire et tertiaire. La Crtv correspond au secteur tertiaire 2.
Ils ont manifesté brillamment leur mécontentement. Celui-ci fut d’ailleurs à l’origine de la création de la Redevance audio visuelle (Rav) pour donner des ressources à l’entreprise et faire face aux nouvelles charges. Donc on a augmenté les salaires. Je constate que cela avait déjà commencé sous mon prédécesseur, parce qu’il y a des résolutions à cet effet. Donc, nous pensons avoir fait ce qui est conforme aux usages et à la loi.

L’avocat : Suite à ce paiement, avez-vous obtenu ou retenu quelque chose ?

Amadou Vamoulke : Non, les bénéficiaires sont connus.

L’avocat : Il vous est imputé la perception indue des frais de représentation évalués à 22 millions 250 Fcfa. Comment justifiez-vous cette imputation?

Amadou Vamoulke :
Il s’agit des dépenses prévues par le budget de la CRTV. Comme dit précédemment, je pensais que faire descendre le budget des frais de représentation de 200 millions Fcfa annuel à 22 millions Fcfa était un effort appréciable qui malheureusement n’a pas été très apprécié. Mais 22 millions Fcfa pourquoi faire ? La CRTV était membre d’un certain nombre d’organisation : l’Union africaine des radios et télévisions ( Uart), le Conseil international des radios et télévisions françaises ( Cirtf), Commonwealth Broadcasting association (CBA), le réseau de l’audiovisuel public. La CRTV y avait acquis une notoriété qui impliquait quelques efforts financiers. J’ai été président de la maf jusqu’à mon arrestation, j’étais président de l’Udi jusqu’à mon arrestation, on me crédite d’avoir obtenu l’élection d’un camerounais à la direction générale de l’Uart après que j’ai envoyé les missions à Lagos et Accra pour obtenir des soutiens nécessaires à cette élection. J’ai obtenu la rencontre avec le directeur général de l’UNESCO…

L’avocat : Il vous est imputé la perception indue des frais de congé en 2006 d’un montant de 16 millions 848 mille. Quelles réactions vous inspire cela ?

Amadou Vamoulke:
Je commence à rappeler le contexte, celui que je vous ai indiqué, auquel il faut ajouter le rythme de travail. J’avais 15 directions. Les parapheurs montaient jusqu’au plafond. Et comme je m’étais promis de ne jamais laisser de dossiers dormir sur ma table, je rentrais souvent à minuit passé.
Les 16 millions 848 mille dont il est question correspondent au prix des titres de transport pour me rendre sur les lieux que j’ai choisi pour me distraire. En première classe pour moi et pour mon épouse. Cette question n’avait pas été l’objet d’une préoccupation particulière. Ce qui m’a amené à interroger mon adjoint qui était aussi l’adjoint de mon prédécesseur sur les conditions de départ en congés. Mon adjoint, le Pr Mbede a dit que je choisissais ma destination où j’allais à ces congés, et on me donnait un titre de transport pour moi et ma femme, plus un mois par précaution supplémentaire. Je me suis conformé aux pratiques en vigueur sur les sociétés similaires et je me suis entendu dire qu’à la Cnh ( Caisse nationale des hydrocarbures), c’est une semaine des frais de mission. Je n’ai demandé que les frais de transport je n’ai pas demandé les frais de mission. Là encore, je croiyais bien faire. Mais, les chiffres en millions font courir de gros yeux et c’est pour cela que j’ai subi ce que j’ai subi. Mais je précise que mon adjoint qui m’a induit en erreur et en qui j’ai cru, parce qu’il représentait la mémoire, a bénéficié des mêmes avantages. Ayant passé 11 années à la CRTV, je n’ai pas pu aller en congé plus de deux fois. Quelque soit le calcul, on n’aurait largement pas de quoi trouver la somme qui m’est imputée. Je me dis peut-être que si je n’étais pas parti, je serais mort parce que j’ai choppé une tension artérielle.


L’avocat : Il vous est imputée la somme de 1 millions 500 mille Fcfa des dépenses sans justification de prestation, somme dites-vous avoir remis à madame Marie Thérèse Owoundi. Que dites-vous ?

Amadou Vamoulke :
C’est une question intéressante parce que madame Owoundi de regrettée mémoire était administrateur à la CRTV après avoir été pendant de nombreuses années Directrice ses affaires financières Daf). Comme administrateur, elle m’avait sans arrêt entendu me lamenter de la rareté des ressources. Sur la base de son expérience, elle m’avait donc dit si vous me donnez cet argent, j’irai à Douala et je saurais à quelle porte toquer pour débloquer les ressources dûes à la Crtv qui ne sont pas débloquées. On s’est arrangé, les résolutions ont été prises. L’opération a malheureusement été un fiasco. Donc oui madame Owoundi a touché l’argent. J’anticipe sur la question de savoir ce que j’ai retenu, et la réponse est non.


L’avocat: L’ordonnance de renvoi en page 7 vous impute la perception indue d’une indemnité de transport de 1 millions 200 Fcfa. Que pouvez-vous dire pour vous défendre ?

Amadou Vamoulke :
Je commence par un élément de contexte. Avant de me nommer DG de la CRTV, jétais un des conseils techniques de monsieur Onhobiono. Pour des raisons que j’ignore, j’avais deux bulletins de salaire. Un comportait les mentions communes à tous les autres employés et l’autre comportait des mentions spéciales liées à la qualité de Directeur général. A l’époque à la CRTV, lorsque je découvre cela, parce que le matricule ne fonctionnait pas, ce n’est pas tout à fait une anomalie pour moi. Je crois que c’est une technique de gestion des bulletins de salaire comme une autre. Lorsque je vois sur mon bulletin de salaire d’employé CRTV 400 ou 600 mille, je me dis que les gens faisaient leur travail, ils savaient le faire mieux que moi. Mais, il se trouve donc que le Conseil d’administration avait également pris des résolutions sur les employés qui ont un double emploi. Ce double emploi concerne tout le monde. Je reconnaîtrais volontiers qu’il y a des choses qui n’ont pas marché. Mais je n’assumerais pas la responsabilité parce que nous ne sommes pas responsables du personnel.