Il faut avoir le courage de le reconnaitre: l’équilibre régional tel qu’imaginé et mis en application dans le choix par concours du personnel public depuis le magistère du Président Ahidjo, arrive inexorablement à bout de force.
Les chroniques de népotisme, de clientélisme et de corruption rampante révélées dans sa mise en application lors des différents concours de l’administration publique, en atteste l’essoufflement.
Mais à la vérité, quand même on réussissait à contenir ces dérives, c’est le concept lui-même qui ferait toujours problème, et ce, pour les raisons suivantes:

  1. Cet équilibre régional est en fait un équilibre ethnique. Il se base sur la déclaration d’origine du candidat et SURTOUT la consonance des noms. Ce qui est un critère subjectif et inopérant. Si dans les années 70 quand cet équilibre régional a été mise en place, les noms reflétaient quasiment les origines régionalo-ethniques des citoyens, cette réalité est aujourd’hui surannée. Les brassages, les amitiés et les mariages interethniques ont explosé depuis 60 ans. Il n’est pas impossible de trouver aujourd’hui un enfant qui s’appele “Kamga”, mais dont les parents sont originaires d’Ebolowa dans le Sud. Qui peut dire avec exactitude si “Atanga” est un nom de la région du Centre ou du Nord-ouest ? Ateba est un nom de Centre, du Sud ou de l’Est ? Un enfant de “Père Non déclaré” sur un acte de naissance est originaire du village de sa mère ou bien, il doit faire de recherches pour trouver les origines de son père ?
    Comment les organisateurs d’un concours administratif peuvent avoir la certitude qu’un candidat qu’ils ont fait échouer appartient effectivement à une région donnée ?
    N’y a t il pas un risque d’évaluation au faciès teinté de subjectivité ? Le Ministre de la Fonction publique vient de déclarer que les candidats du Grand Nord au concours de L’ENAM étaient trop faibles. Quelle déclaration inconséquente et irresponsable !
  2. Le problème que tente de résoudre l’équilibre régional tel que pensé par ses pères fondateurs est l’injustice sociale résultant des inégalités géographiques d’accès à l’éducation. Mais pas forcément de l’inégalité ethnique d’accès à l’éducation. Tout enfant quelque soit sa tribu peut se retrouver dans une zone d’accès difficile à l’éducation. Un enfant qui a du potentiel à Nguelemendouka, à Kolofata ou à Fongo Tongo a besoin d’être aussi soutenu par la République comme ceux, autres, qui résident à Yaoundé et Douala.

La sélection des meilleurs du moment habillée sous le terme de “méritocratie” peut développer le pays, mais aussi, sans garde-fous, le conduire à une aristocratie et aggraver les inégalités sociales et la reproduction sociale des élites.

Il est donc de loin préférable la stimulation des potentiels et l’équité des chances. D’ailleurs, la méritocratie, même appliquée dans les conditions les plus rigoureuses n’est pas un gage de réussite professionnelle et de probité morale. Ce ne sont pas tous les meilleurs de la classe qui font des carrières exceptionnelles. D’ailleurs, il y a de nombreux majors dans des écoles de formation (ENAM, IRIC, ENS, etc…) qui ont mis le pays à genoux. D’autres ont des carrières médiocres ou fantomatiques. On connaît tous des premiers de la classe dont on a plus les nouvelles pendant que les anciens élèves moyens cartonnent. La méritocratie se base sur la notation. Mais la notation n’est pas forcément la correction. On note pour classer les personnes dans un contexte de places limitées. Mais on peut corriger pour faire apprendre, pour montrer à l’apprenant ses erreurs, pour qu’il les rectifie et soit une meilleure personne. Les grandes success stories sont souvent faites des personnes qui ont échoué plusieurs fois avant de réussir. Ils ont une force mentale, une résilience et une envie de réussir plus forte que des personnes qui font un parcours brillant ou sans fautes.

Par conséquent nous sommes favorable, non pas à la sélection des seuls élèves brillants, mais aux candidats à FORT POTENTIEL. Et il y en a dans tout le pays. Je pense qu’un enfant qui a 11/20 de moyenne au Baccalauréat à Tcholliré, où l’énergie électrique est rare, où l’accès à Internet est un luxe et où il n’a difficilement eu accès aux cours de Mathématiques a au moins le même potentiel, voir supérieur, qu’un enfant qui a 15/20 de moyenne à Yaoundé ou à Douala. Ces deux profils doivent être sélectionnés.

Nous proposons d’installer une discrimination positive sur l’obtention géographique du dernier diplôme scolaire, voire universitaire (CEP, BEPC, PROBATOIRE, BACCALAURÉAT…). C’est le lieu de déroulement des études secondaires, voire primaires qui détermine le plus la difficulté d’accès a l’éducation. C’est cette difficulté qui doit être prise en compte dans la sélection des écoles de formation pour l’emploi public. Et non l’origine ethnique. On sélectionnera ainsi les meilleurs des zones géographiques du pays que nous proposons de segmenter de la manière suivante :

-Zone 1: Yaoundé-Douala-Bafoussam et diplômes scolaires obtenus à l’étranger.

-Zone 2. Tous les chefs-lieux de région (sauf Yaoundé, Douala et Bafoussam)

  • Zone 3: Tous les chefs-lieux de département (sauf Yaoundé, Douala, et Bafoussam)
  • Zone 4: Tous les chefs-lieux d’arrondissement

Zone 5 : Tous les villages du Cameroun + les chefs-lieux d’arrondissement des zones d’éducation prioritaire (ZEP) des régions septentrionales de l’Est et du NOSO.

On attribuerait des quotas d’admis selon que le dernier diplôme scolaire est issu de l’une de ces zones.
Bien entendu, cette proposition est perfectible et peut même être repensée un peu différemment.

Mais l’idée est de changer de paradigme dans la fabrication des Ressources humaines du pays. Un pays se construit avec des Ressources humaines de qualité, tout en évitant de transformer en “rebus” de la société ceux qui ont l’apparence faible sur le moment.

L’influence de l’ethnie est un élément subjectif d’évaluation de l’intelligence et du potentiel. C’est également une source de crispation entre les citoyens. Ce facteur doit être mitigé, voire isolé. Tout en poursuivant une politique d’aménagement du territoire ambitieuse qui permet de combler le gap en infrastructures éducatives du pays, l’Etat doit faire montre de performance et d’équité dans la sélection des agents publics. C’est justement la trame de fond de notre projet de société d’un CAMEROUN QUI PROTÈGE (les faibles) et QUI LIBÈRE LES ÉNERGIES (détenues par des personnes à haut potentiel )