Le défenseur de Olivier Bibou Nissack, Alain Fogue, entre autres, s’est vu dessaisir de sa fiche de travail comportant le résumé du contenu des échanges avec ses clients par le lieutenant Ngangso. Cette transgression de l’article 20 de la loi du 19 décembre 1990 portant organisation de la profession d’avocat, s’ajoute aux entraves relatives à l’exercice de ce métier décriés au quotidien par des professionnels.

Par Florentin Ndatewouo

La fréquence des plaintes des avocats, relatives à la violation de leurs droits dans l’exercice de leurs fonctions est en passe d’atteindre la côte d’alerte:” Je n’ai jamais été aussi humilié depuis que je défends les droits des plus vulnérables. Je n’ai jamais vu ma qualité d’avocat foulée au sol de la manière que je vous décrirai…” Me Sother Menkem exprime ainsi son désarroi suite à sa mésaventure hier 12 octobre au secrétariat d’État à la Défense (Sed). Rendu en ce lieu à l’effet de tenir une séance de travail avec ses clients, parmi lesquelles Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto, Alain Fogue, trésorier national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), le membre du collectif Me Sylvain Souob est soumis à de multiples postes de contrôle. Il devra en franchir cinq pour se voir obtenir 10 minutes d’échange avec ses clients. Et ce, en présence des gendarmes.” Bien que violant le secret professionnel de communication entre l’avocat et ses clients, j’ai tout de même accepté”, précise-t-il. Me Sother Menkem va élaborer une fiche de travail pour résumer le contenu de son entretien avec ses clients. Ceci, eu égard au temps réduit qui lui est imparti. Cependant, il est loin de s’imaginer la tournure que prendra les événements quelques minutes plus tard. ” A l’issue de nos échanges entre avocats et clients, en présence constante des gendarmes, j’ai vu ma fiche de travail brutalement arrachée et empochée par un certain lieutenant Ngangso”. Celui qui dit avoir prêté serment pour défendre les plus faibles en tout indépendance assiste, le regard impuissant, à la violation de ses propres droits. L’article 20 de la loi du 19 décembre 1990 portant organisation de la profession d’avocat garanti la confidentialité des échanges entre ce dernier et son client :” L’avocat est tenu de conserver le secret le plus absolu sur tout ce qui concerne sa relation avec un client, quand bien même le client l’en aurait expressément délié. Cette obligation demeure après qu’a pris fin la relation de l’avocat et de son client ou lorsque l’avocat a cessé d’exercer sa profession. Elle s’impose à ses collaborateurs, qu’ils soient ou non avocats.” Me Sother Menkem a saisi ce jour le bâtonnier de l’ordre national des avocats, à travers une correspondance portant “dénonciation de la violation du droit à l’exercice de la profession d’avocat”.

Cette correspondance intervient après un communiqué rendu public en date du 24 septembre. Dans ledit communiqué, Me Michel Ndoki dénonce l’interdiction à ses collègues avocats par les forces du maintien de l’ordre d’accéder à leur client, notamment leur confrère Me Jean-Jacques Kengne, arrêté en pleine exercice de ses fonctions dans la ville de Bafoussam. Une situation qui a déterminé Me Ndoki a demandé la convocation de toute urgence d’une assemblée générale de l’ordre à l’effet de solutionner le problème lié à l’entrave au libre exercice du métier d’avocat.

 « Certains fonctionnaires exerçant sous votre autorité qui mettent en mal vos bonnes intentions, sapent le dispositif d’apaisement que vous aviez mis en place et perturbent la sérénité professionnelle des Avocats »

Les plaintes enregistrées ne sont pas l’apanage des avocats en charge de la défense des intérêts des militants et sympathisants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc). Le collectif d’avocats constitués pour défendre la cause de la famille de Solange Lydienne Taba formule lui aussi des récriminations. Le 28 septembre un communiqué rendu public par Patrick Mboma, père de feue Solange Taba énumère les manœuvres visant à empêcher les membres dudit collectif d’avocats à exercer leur profession, « Alors que les avocats de la famille se sont déplacés de Douala pour Ebolowa en vue de participer à la manifestation de la vérité, ceux-ci ont été détournés par les enquêteurs  de la légion de gendarmerie du Sud qui au lieu de procéder aux auditions, ont prétexté que le dossier avait déjà été retourné au commissaire du gouvernement alors qu’il n’en était rien. » Peut-on y lire. L’entrave au libre l’exercice de la profession d’avocat perdure. Ce qui a d’ailleurs emmené l’ordre national des avocats au barreau du Cameroun à tirer la sonnette d’alarme. C’est ainsi que le 29 juillet de l’année en cours, le bâtonnier d’alors, feu Me Charles Tchakounte Patie a alerté le secrétaire d’État à la Défense sur les cas de violations dont sont l’objet ses collègues : « Certains fonctionnaires exerçant sous votre autorité qui mettent en mal vos bonnes intentions, sapent le dispositif d’apaisement que vous aviez mis en place et perturbent la sérénité professionnelle des Avocats ». L’entrave à l’exercice du métier d’avocat est un phénomène dont la récurrence semble l’inscrire dans la banalité. Pourtant, celui-ci est à l’origine du mot d’ordre de grève lancé au mois de septembre 2019. Lequel a conduit à la non-fréquentation des tribunaux pendant cinq jours, la suspension du port de la robe. Loin de jouer les Cassandre, il n’est pas exclu d’envisager un scénario pour lequel les mêmes causes produiront les mêmes effets.