Les manifestants expriment leur colère au lieu-dit Ndockoti à Douala/22/09/2020.


Interpellé au moment où il se rend au domicile de Maurice Kamto pour la collecte d’informations dans le cadre de la couverture de la marche annoncée ce 22 septembre par le Mrc, le journaliste au quotidien la Nouvelle Expression n’a pu entrer en contact avec ses proches qu’après plusieurs heures de détentions.
Par Florentin Ndatewouo

« La liberté de communication, la liberté d’expression, la liberté de presse, la liberté de réunion, la liberté d’association, la liberté syndicale et le droit de grève sont garantis dans les conditions fixées par la loi. » Pourtant, les forces en charge du maintien de l’ordre n’ont pas cru devoir observer cette disposition du préambule de la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996. Ce 22 septembre, alors qu’il se rend au domicile de Maurice Kamto, dans le cadre de la collecte d’informations en vue d’assurer la couverture médiatique de la marche annoncée par le président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc), Lindovi Ndjio est arrêté. Le confrère du quotidien la Nouvelle Expression est ensuite conduit vers une destination inconnue. Informée de la situation, sa collègue essaye de le joindre à maintes reprises. Peine perdu! Le téléphone sonne, et personne ne décroche. Les messages à lui écrits sur le réseau social Whatsapp sont lus, mais aucune réaction ne suit. De quoi susciter de nombreuses interrogations. Une situation qui rame à contre courant des dispositions de la loi du 17 juillet 2005 portant code de procédure pénal. L’article 37 de cette loi énonce : « Toute personne arrêtée bénéficie de toutes les facilités raisonnables en vue d’entrer en contact avec sa famille, de constituer un conseil, de rechercher les moyens pour assurer sa défense, de consulter un médecin et recevoir des soins médicaux, et de prendre les dispositions nécessaires à l’effet d’obtenir une caution ou sa mise en liberté. »
L’on apprendra plus tard que ce dernier a été conduit au Commissariat central numéro 1 pour être auditionné.
Après plusieurs tentatives de coup de fils manqués, la collègue Lindovi Ndjio réussi finalement à le joindre.
Il s’en suit des échanges que, « l’Africain », comme on l’appelle affectueusement, reste captif au commissariat central numéro 1. Ceci, en raison du statut d’activiste qui lui attribué à son lieu détention, et pour lequel il ne se reconnaît pas. Il est libéré plus tard, en compagnie des autres personnes arrêtées ce jour.

 «  Aucune atteinte ne doit être portée à l’intégrité physique ou morale de la personne appréhendée. »


La colère des forces du maintien de l’ordre (Fmo) s’est abattue avec fracas sur le cameraman de la chaine de télévision Equinoxe Tv. Rodrigue Ngassi a été arrêté au lieudit « marché d’Etoudi », non loin de la résidence de Maurice Kamto. Brutalisé, ses vêtements déchirés, sa caméra confisquée, il est embarqué manu militari au commissariat de police numéro 1. Rodrigue Ngassi sera libéré quelques instants après, non sans avoir été l’objet de violences condamnées par l’alinéa (4) de l’article 30 du code de procédure pénal : «  Aucune atteinte ne doit être portée à l’intégrité physique ou morale de la personne appréhendée. » Le correspondant de Radio France Internationale, Polycarpe Essomba a lui aussi été arbitrairement arrêté avant d’être relâché.

Les appels au départ du président Paul Biya à Douala/22/09/2020.

Nombre d’interpellations ont été enregistrées ce 22 septembre dans la ville de Yaoundé. Au lieudit “montée Ange rouge”, une dizaine de personnes se sont vu emmener par les policiers et gendarmes. Elles ont été arrêtées à proximité d’un chantier initié par la mairie de la ville de Yaoundé : « Lorsque les policiers sont arrivées ici, ils ont remarqué qu’il y avaient des personnes groupées. Ils ont interpelé un homme qui était vêtu en T-Shirt et chapeau rouge. Ces gens avaient des pancartes », raconte la voix enrouée une dame. Assis dans un car de couleur blanche de la police, ils sont conduits vers une destination inconnue. A la poste centrale où des camions anti-émeute sont mobilisés, des patrouilles de la police et de l’armée sillonnent les artères de la ville. Les carrefours tels que le rond-point Nlongkak, lieudit Warda, Total Melen ont connu un déploiement sécuritaire impressionnant.
Outres les interpellations, le domicile de Maurice Kamto a été assiégé depuis hier par les forces du maintien de l’ordre. Le président national du Mrc, le trésorier, Alain Fogue et d’autres militants présents sur les lieux sont restés coincés au domicile de leur leader. Les informations que notre rédaction n’a pas pu confirmer révèlent que le domicile de Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto a également été assiégé par les Fmo. La marche projetée ce 22 septembre ne s’est pas tenue dans la ville de Yaoundé.
Par contre, le climat s’est montré plus tendu dans les villes de Douala, Bafoussam, Bafang, Baham et Mbouda. Les militants et sympathisants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun ont joint leurs paroles aux actes. Ils ont battu le pavé pour demander le départ du président de la République Paul Biya. De nombreuses interpellations ont été enregistrées au cours de ces marches.