J’ai pu voir hier le jeune Kevin à la prison centrale de Yaoundé.

Je dis que “j’ai pu le voir”, car depuis quelque temps, l’accès des avocats à leurs clients dans les deux prisons de Yaoundé a été rendu quasiment impossible. J’y reviendrai. Hier après-midi donc, je suis allé à la prison pour voir dans quel état physique et mental de Kevin. Lorsqu’on me l’a fait venir dans la grande cour de la prison, j’ai tout de suite vu dans son regard derrière ses lunettes rondes, comme un rayon de soleil, et son sourire timide traduisait sa joie de voir celui qu’il considère plus comme un père qu’un avocat. Depuis que j’ai pris son affaire en main en tout début août à la Police Judiciaire, il ne m’a jamais appelé Maître. Il m’a raconté qu’il est arrivé en prison mercredi vers 22h, avec les quatre autres infortunés.Plutôt bien accueilli par les prisonniers qui ont pris fait et cause pour lui. Au moment où j’arrive, il est en cours de transfèrement dans le quartier des mineurs où m’apprend-on il n’y a pas que les mineurs. Il m’assure également que sa mère, dont il est l’unique fils, se porte mieux après le choc qu’elle a eu en apprenant qu’il irait en prison. Il est encore plus frêle dans ce tee-shirt trop grand pour lui, et j’ai simplement envie de le serrer dans mes bras. J’essaie de lui expliquer en de mots simples ce que j’entends entreprendre pour lui dans les prochains jours. Je dois l’avouer, devant cet enfant ma froideur d’avocat m’a quitté, je me sens en colère. Je me sens triste. Mais je ne dois pas le lui montrer, je suis là pour le rassurer. Bien que visiblement perdu dans cet endroit hostile, il reste fort, en tout cas c’est mon sentiment. Il ne pleure plus. Il ne va plus pleurer, m’a-t-il promis, après cette heure passée ensemble. Il doit déjà rejoindre son quartier. Pour une nouvelle nuit, pas pour une nouvelle vie. Sa place n’est pas ici.