Ulrich Xavier Ondoua, auteur dudit ouvrage propose, entre autres : l’association  du peuple à l’œuvre de justice ; le développement d‘une culture de l’éducation de l’accès aux droits de citoyens.

Par Florentin Ndatewouo

Il n’est pas rare de penser que l’exercice de la profession de magistrat soit à l’abri des difficultés. Très souvent, l’imagerie populaire forge cette idée sur la base des avantages attribués à tort ou à raison à ce corps de métier.

 Un voyage au cœur de cette activité permet de découvrir la face cachée de la magistrature et son incidence sur la justice au Cameroun. Dans cette dynamique, Ulrich Xavier Ovono Ondoua s’est assigné nombre de missions. L’auteur de l’ouvrage  Sous le bandeau de thémis, les larmes. Panser et repenser la justice, scrute le fonctionnement de la justice camerounaise. Il décide de relayer dans un premier temps les murmures intérieurs, portés par les femmes et les hommes de justice. En tant que magistrat de carrière, il  évoque les principaux griefs relevés contre la justice. Ceci, en les replaçant dans le contexte actuel.

Sous la plume de Ulrich Xavier Ovono Ondoua, l’on apprend que nombre de magistrats, notamment ceux en début de carrière sont confrontés aux mauvaises conditions de travail. Les tâches quotidiennes se font dans un environnement de promiscuité. Le partage d’un même bureau par des procureurs et substituts n’est pas guère favorable à un climat de tranquillité, nécessaire à l’élaboration des dossiers de justice. Ce qui expose le procureur à la commission d’erreurs. L’indigence fait partie du quotidien des magistrats.   « Moins reluisante était la situation de mon collègue de bureau qui s’est retrouvé à vivre dans le domicile de personnes inconnues, recommandées par une connaissance. Il me confiait la honte et la gêne qu’il avait même à déguster le repas que lui apprêtait cette famille sous le regard des enfants, plutôt furieux de « tonton », qui les avait congédiés de leur chambre (…) » Devant une telle situation de précarité, le magistrat est enclin à prêter le flanc aux actes de corruption. Ce qui fragilise son indépendance d’esprit, et par ricochet le rendu de la justice. Cette indépendance est confrontée à l’inféodation du pouvoir judiciaire par le pourvoir exécutif.

Ulrich Xavier Ondoua Ovono, magistrat et auteur de l’ouvrage: Sous le bandeau de thémis, les larmes. Panser et repenser la justice

« (…) Il peut également s’agir de l’officier de police judiciaire qui, ayant exigé des sommes non reversées tronque les faits dans son procès-verbal, faisant ainsi passer une affaire délictuelle en affaire criminelle… »

Ce danger auquel est exposée la justice implique également les autres acteurs de la chaine. Il s’agit des avocats. Ulrich Xavier Ovono note la sollicitation par ces derniers des frais de justice exorbitants aux justiciables. Celle-ci est motivée par le paiement des frais de greffe. « Je me souviens de cette veuve qui s’est rendue à mon cabinet au parquet du tribunal de grande instance du Moungo. Elle était abattue. Sa belle-famille était sur le point de mettre la main sur les avoirs bancaires de son époux défunt en pleine rentrée scolaire. » Le procureur fait savoir que la veuve a sollicité son avocat pour s’enquérir de la procédure légale qu’elle aurait pu entreprendre. Le but étant de ramener sa belle-famille à la raison sans pour autant que cela prenne une allure contentieuse.  Mal lui en a pris : « l’avocat consulté avait exigé d’elle la somme de 400 000 Fcfa pour les frais de greffe et avait fixé ses honoraires à 300 000 Fcfa en exigeant préalablement le dépôt d’une somme de 50 000 Fcfa pour l’ouverture de son dossier. » il poursuit : « Or, la procédure idoine au regard de la requête de cette dame semblait être la conciliation prévue au tribunal de première instance qui dispose d’une chambre de conciliation. Et celle-ci, tous les frais confondus n’excède pas la somme de 50 000 Fcfa. »

 L’autre scénario est celui qui consiste pour l’autorité judiciaire à exiger des sommes pour l’accomplissement de sa tâche. « (…) Il peut également s’agir de l’officier de police judiciaire qui, ayant exigé des sommes non reversées tronque les faits dans son procès-verbal, faisant ainsi passer une affaire délictuelle en affaire criminelle. Il peut s’agir enfin du magistrat qui, attendant les sommes sollicitées, reçoit plutôt le coup de fil d’un collègue intervenant pour une bienveillante application de la loi. » Face à maux, Ulrich Xavier Ondoua   propose les axes d’amélioration possible pour refonder la justice : « Il faut augmenter les salaires de base des  magistrats et greffiers. Il s’agit de la concrétisation de la volonté du peuple qui, en décidant de créer un pouvoir judiciaire indépendant a entendu le mettre au- dessus de toute séduction, de toute tentation. »

En outre, le procureur de la République  milite pour l’ouverture des pistes de juristes assistant dans les palais de justice ; la communication sur l’offre de justice ; le vote d’une loi de l’enfance ; l’association  du peuple à l’œuvre de justice ; le développement d‘une culture de l’éducation de l’accès aux droits de citoyens. Ces mesures permettront de retisser le lien de  la confiance des concitoyens en  leur justice.

Structuré en trois parties,  Sous le bandeau de thémis, les larmes. Panser et repenser la justice est un ouvrage publié aux éditions L’Harmattan. Dans un style accessible, l’auteur recours quelque fois aux figures de style tel l’ironie, pour mettre avant des situations conflictuelles.

Convaincu que « l’on ne peut pas toujours se taire en espérant que le changement tombera du ciel », Ulrich Xavier Ondoua fait valoir que : « le changement pour être pacifique doit être débattu et anticipé. » Dans cette optique, son ouvrage est une invitation à un moment d’échange et de partage sur le fonctionnement de la maison justice au Cameroun.