L’ancien payeur général à la direction du Trésor du ministère des Finances, Pierre Sekene, répondant le 23 juillet dernier aux questions de l’avocat général accuse l’ancien chef de la cellule informatique du Minfi d’avoir manœuvré pour faciliter des détournements de fonds dans ce département ministériel durant son séjour.

Emmanuel Leubou, ancien chef de la cellule informatique au ministère des Finances Yaoundé/04/05/2017


Par Jenner Onana
Le phénix Leubou renaîtra-t-il de ses cendres? Difficile de l’imaginer après le témoignage de Pierre Sekene à l’audience de ce 23 juillet au Tribunal criminel spécial (Tcs).
Durant l’audience, il était question de l’audition des témoins. Trois ont été convoqués. Un seul a pu répondre aux questions de l’avocat général. L’inspecteur du trésor, Pierre Sekene était le trésorier payeur général à la direction du Trésor au moment où se produisaient les faits de détournements de biens publics reprochés à Emmanuel Leubou.
Entre 10h45 et 13h30, cet originaire de Maga dans l’Extrême-Nord a fait des révélations. « J’ai pris le service le 25 mars 2016. Très vite, j’ai instruit la brigade de vérification à faire un contrôle des différents services sous ma direction afin de me faire une idée claire. C’est au cours de cette opération que je découvre que Célestina Nkeng Lefang a des difficultés pour travailler. Son logiciel ayant été suspendu par Emmanuel Leubou ». Célestina Lefang Nkeng, se rappelle-t-on, était chef service des oppositions à la paierie générale du Trésor. La raison de sa suspension, avait déclaré Emmanuel Leubou à Pierre Sekene, est la mauvaise utilisation du User (un logiciel qui gère les avances et les annulations de solde ndlr).
Pour remédier à la situation, fait savoir le payeur général, « je propose à Emmanuel Leubou la création d’un groupe de travail mixte constitué du personnel de la direction du Trésor dont je faisais partie et du personnel de la direction du Budget. Ceci dans le but de permettre à Célestina Lefang Nkeng de faire son travail. Il n’a pas voulu s’exécuter ».

« j’ai émis l’idée de mettre sur pied un comité de réflexion chargé de fournir des informations de façon mensuelle. Emmanuel Leubou n’a jamais mis à notre disposition ces informations ».


Par ailleurs, fait savoir le payeur général, « j’ai émis l’idée de mettre sur pied un comité de réflexion chargé de fournir des informations de façon mensuelle. Emmanuel Leubou n’a jamais mis à notre disposition ces informations ».
Le 31 août 2016, il est découvert qu’Aissatou Boullo Bouba (fonctionnaire en service au Minfi ndlr) bénéficie à la fois des avances de solde unique et de solde retraite. Interrogé sur ce fait anormal, Emmanuel Leubou n’a pas daigné s’exprimer, explique le payeur général. Après ce témoignage, Emmanuel Leubou n’a pas pris la parole. De même que les avocats de la partie civile, des accusés, ainsi que le représentant de l’Etat.
La prochaine audience d’Emmanuel Leubou prévue pour le 28 août et le 1er septembre prochains. Cette programmation n’est pas bien accueillie par les membres de sa famille. En chœur, ils sont venus assister à l’audience du 23 juillet au Tcs. Le cœur meurtri, ils quittent la salle d’audience. « La justice n’existe pas dans ce pays. Aissatou Boullo Bouba qui était assise au banc des accusés, c’est Leubou qui l’avait dénoncée. Elle percevait à la fois le solde unique et le solde retraite [ce dernier est réservé aux retraités, Ndlr], alors qu’elle est encore en fonction. Maintenant la justice se retourne contre Leubou », se plaint un proche de la famille qui vient de dire au-revoir à Emmanuel Leubou.
Alors que le pensionnaire de la prison centrale de Kondengui sympathise encore avec les siens, un gardien de prison vient lui rappeler qu’il est temps de partir. Il est escorté par celui-ci, puis embarqué dans un minibus estampillé « prison centrale de Kondengui ». Lequel franchit l’entrée du Tcs, certainement pour ce pénitencier, sous les regards impuissants des membres de sa famille.
Les retrouvailles ont pourtant été chaleureuses. Dans son gandoura [non repassé] de couleur bleue, l’ancien président du Conseil d’administration du club de football Unisport de Bafang, est arrivé vers 10h30. La tête chauve et le menton dépourvu de la barbe blanche qu’il aimait bien gardée, il croise le coude avec les siens en guise de salutation, puis échange avec eux. L’arrivée des juges met un terme à la causerie.
Emmanuel Leubou, Amadou Haman (fonctionnaire peu connu) , Aissatou Boullo Bouba (ancienne chef de la cellule Sigipes), Célestina Nkeng Lefang (chef service des oppositions à la paierie générale du Trésor) et Mefiro Pempeme Inoussa (fonctionnaire en service à la cellule d’assainissement du fichier solde) sont accusés de détournement de biens publics, coaction et complicité de détournement de biens publics. Certaines sources évaluent le préjudice à 13 milliards Fcfa. En attendant que la justice fasse son travail, Emmanuel Leubou, (57 ans), est incarcéré depuis le vendredi 4 mai 2019 à la prise centrale de Kondengui.