L’ex-directeur des rédactions du journal l’anecdote a été déchaussé, exposé par les soins du média pour lequel il a longtemps travaillé, avant d’être conduit au Secrétariat d’Etat à la défense pour exploitation. Des faits qui constituent une atteinte à la dignité humaine, pourtant contraires aux dispositions des articles 30 (4), 35(1) du code de procédure pénal.
Par Florentin Ndatewouo

Ernest Obama, ex-directeur des rédactions du journal l’anecdote, interpellé au siège de son média à Yaoundé le 18/06/2020.


L’usage disproportionné de la force publique à l’égard des citoyens camerounais interroge une fois plus. Hier 18 juin, Ernest Obama, ex-directeur de l’information à la chaine de télévision Vision 4 et directeur des rédactions du journal l’anecdote est emmené par les éléments de la brigade territoriale d’Effoulan. Le reportage de son interpellation, réalisé par sa collègue Salamatou Badiang présente l’infortuné quelques minutes avant son arrestation. Assis sur une chaise la tête baissée, les bras croisés, Dieudonné Obama Nana semble méditer sur son sort. Il a l’air pensif. Encadré de gendarmes, il quitte quelques instants plus tard les locaux de l’entreprise déchaussé. Le gendarme qui le suit tient en main ses chaussures. Cependant, l’auteure du reportage affirme que « l’interpellation menée par la brigade territoriale d’Effoulan se déroule dans le respect des règles juridiques. Quelques objets sont temporairement saisis. »
L’on apprend de cette dernière que Ernest Obama est arrêté pour des faits d’« abus de confiance, haute trahison ». D’après cette source, l’infortuné a été conduit au Secrétariat d’Etat à la défense (Sed) pour exploitation.


« L’officier de police judiciaire qui procède à une arrestation ou devant lequel un agent de la force publique ou un particulier conduit un suspect, peut le fouiller ou le faire fouiller, retenir et mettre en lieux sûrs tous objets trouvés en sa possession, à l’exception des vêtements nécessaires. »


Les conditions de l’arrestation de sieur Obama met en exergue la violation des droits de l’Homme. Considérant le fait que ce dernier dispose d’un domicile dans la ville de Yaoundé, et travailleur dans une entreprise dotée d’un siège identifiable, l’unité enquêtrice aurait dû adresser une convocation à laquelle Ernest Obama aurait déféré. L’article 40 de la loi du 27 juillet 2005 portant code de procédure pénal dispose que «  (1) La citation est une sommation à comparaître devant une juridiction. (2) Elle est délivrée par exploit d’huissier à l’inculpé, au prévenu, à l’accusé, à la partie civile, aux témoins, au civilement responsable et éventuellement à l’assureur. (4) Elle est servie à personne, au lieu de travail, à domicile, à mairie ou à parquet. » En lieu et place, l’on assiste à une interpellation médiatisée, exposant le mise en cause à la curiosité populaire. Le droit dont dispose tout individu à la présomption d’innocence est ainsi bafoué.
Par ailleurs, le fait de déchausser Ernest Obama constitue une atteinte à la dignité humaine. L’article 35 de la même loi indique que « (1) L’officier de police judiciaire qui procède à une arrestation ou devant lequel un agent de la force publique ou un particulier conduit un suspect, peut le fouiller ou le faire fouiller, retenir et mettre en lieux sûrs tous objets trouvés en sa possession, à l’exception des vêtements nécessaires. » En outre, l’article 30 (4) de la loi sus-évoquée précise qu’« Aucune atteinte ne doit être portée à l’intégrité physique ou morale de la personne appréhendée. »

L’interpellation de sieur Obama suscite nombre de réactions. Celles-ci s’ajoutent à celles déjà enregistrées à l’occasion de l’annonce du décès dans des conditions troubles du journaliste Samuel Wazizi, ainsi que de l’enlèvement de Kingsley Fomunuy depuis le 15 mai dernier.