Fo’o Sokoudjou Mpoda

Le chef Sokoudjou Jean Rameau


Dans toute vie normale, il est toujours important à un moment de marquer un temps d’arrêt, de regarder le chemin parcouru, de l’évaluer puis de se projeter dans l’avenir.
Faute pour nous de le faire comme rien ne nous dépasse, le CORONAVIRUS s’est invité afin de nous imposer cet arrêt, un temps de réflexion qui peut nous éviter si nous sommes sincères de nous retrouver au fond du creux. Ayons le courage de nous regarder dans les yeux, de poser les vrais problèmes qui minent ce pays pour l’intérêt de tous et non de quelques individus qui se sont retrouvés au sommet de l’arbre et ont tiré l’échelle vers le haut pour éviter qu’une autre personne ne monte aussi, et on parle de l’unité nationale.
Il est important ce 20 mai que nous revisitions notre vivre ensemble, au lieu de continuer de nous tromper, à travers des grosses parades qui donnent l’illusion que la marmite est entrain de bien bouillir à la bouche, alors qu’en réalité le fond brûle!!!
De quelle unité parlons-nous lorsque nos frères anglophones qui avaient librement choisi de nous rejoindre ont à tord ou à raison pris les armes contre le pays ?!! Certains sont désormais dans les brousses, les cadavres ne se comptent plus, d’autres sont du côté du Nigeria errant dans la nature comme des orphelins?
De quelle unité parlons nous lorsque chacun pense dans sa tête que l’histoire de ce pays ne commence que sur lui et qu’avant lui rien n’a existé? Si le devant part en fuyant, rassurez-vous même le derrière partira en fuyant.
Pouvons-nous être vraiment unis lorsque la tête du premier président est dans la brousse quelque part loin de son Cameroun natal? Jusqu’à quand allons nous continuer à couvrir nos plaies avec de la poussière ?
Nous parlons de quelle unité nationale lorsqu’en 2020 on manque de couveuses dans nos hôpitaux de référence alors que ceux-là qui nous gouvernent vont en weekend avec un convoi de 20 voitures au frais de l’Etat? Dieu leur a vendu ce pays !!
Quand les recrutements dans les grandes écoles se font sur des bases tribales, claniques et des recommandations, s’agit-t-il toujours d’unité nationale ? Qui trompe-t-on finalement ?
De quoi parlons-nous quand un ministre ne se lève de sa chaise que pour faire asseoir son fils? C’est pour que les enfants des autres vont où? Sont-t-ils venus vous accompagner ? Vous mangez et vous essuyer les mains sur la tête du peule, C’est cela votre façon de célébrer l’unité nationale !!
Le vivre ensemble c’est quand des populations dans le sud peuvent passer des semaines sans énergie électrique alors que ce pays est inondé et traversé des cours d’eau de part et d’autre.
L’unité nationale pour vous c’est vider la région de l’Est de son bois sans songer à lui donner une petite route, un centre de santé, une salle de classe?
Votre part d’unité nationale c’est quand loin là-bas à l’Extrême nord, les populations vont faire des dizaines de kilomètres à pieds à la recherche d’un point d’eau qu’elles se disputent avec des animaux alors que dans vos maisons vous vous lavez avec de l’eau minérale? Ce peuple a même fait quoi pour mériter une telle misère?
L’unité nationale selon vous c’est détruire les fondements même de notre société traditionnelle et ancestrale, c’est détruire les chefferies traditionnelles en mettant à leur tête ceux qui chantent votre chanson, imposent les sectes, les pratiques contre nature, comme mode de gouvernance dans ce pays? Les conséquences ne peuvent être que fâcheuses face à la colère des ancêtres.
L’unité nationale c’est quand les fidèles de l’église se dressent contre la hiérarchie pour la simple raison que l’évêque nommé n’est pas du village? Même dans la maison de Dieu? Où allons-nous? On a tapé jusqu’à percer le tamtam.
Nous parlons de quelle unité nationale quand des enfants sortis des écoles deviennent des charges pour leurs familles parce que tous les postes sont réservés  pour vous et vos familles!!
Faut-il avoir 4 yeux pour constater que l’unité nationale dans ce pays est fortement menacée par la mal gouvernance, le tribalisme, le favoritisme, l’égoïsme, l’orgueil et la méchanceté des uns et des autres? Ne serait-t-il pas souhaitable  de devenir aveugle plutôt que de voir certaines choses ???
Le dire ainsi c’est être contre vous et le pays? C’est être un opposant au régime? C’est être rebelle? Que non!!
C’est ma façon à moi de pleurer ce pays qui se meure et pour lequel beaucoup comme moi ont sacrifié une bonne partie de leur vie. C’est la douleur qui me torture en voyant ce peuple mourir de misère sous le regard parfois moqueur et médusé de ceux qui nous gouvernent alors que la nature a tout donné à ce pays!! Comment peut-t-on être à l’œil de l’eau et mourir de soif?
Pleurer comme je le fais c’est interpeller les dieux de nos ancêtres afin qu’ils touchent vos cœurs et que vous comprenez que ce pays nous appartient à nous tous, que ce n’est pas le champ d’ignames de quelques uns parmi vous.
Sommes-nous seulement unis lorsqu’il faut retrousser les manches ou le sommes-nous aussi quand il faut manger ?
Je pleure pour mon pays et je n’aurais pas souhaité voir ce que je vois avec mes yeux. Mais, tenez-vous tranquille, ce n’est pas une chance pour des dirigeants comme vous de voir un peuple pleurer et d’être insensible à sa misère
Vivement que ce 20 mai soit une occasion de réflexion profonde, Que chacun se pose les vrais questions, que chacun se demande si Dieu ne l’a pas créé et l’a gâté! Où vous n’avez même plus peur de Dieu? Personne ne partira avec quelque chose. On ne retiendra de chacun que ce qu’il a voulu qu’on retienne de lui. Que chacun revienne sur terre, prenne conscience et se demande si demain était la fin de mon parcours sur terre, en quoi est-ce que j’aurais été utile pour moi-même et pour mon pays? Que tous se mettent autour de la table pour penser ce pays, personne n’est plus Camerounais que l’autre, nous sommes tous les enfants de ce pays et nous nous devons de nous tenir par la main.
Aucune tribu n’est au dessus de l’autre, chacun a sa partition à jouer pour la construction de ce pays qui doit être au dessus de nos intérêts partisans. Pensez à demain et au pays que nous laisserons à nos enfants car, aucune situation n’est permanente dans ce monde.
Portez-vous bien et soyez prudent avec le virus qui est sans pitié là dehors.